• BOUN, BANG, FAÏ...*

     BOUN, BANG, FAÏ...*Il y a des traditions qui sont tenaces en ISAN. J’en parlais dans des notes précédentes, l’année dernière par l’impossibilité de m'y rendre et le mois dernier par l’évocation de ce « festival des fusées »,à Yasothon. On pourrait croire en lisant le titre que ce serait peut-être une onomatopée d'un chanson bien connue de Gainsbourg, ''Viens petite fille dans mon...Boum bang fire... !''. Eh bien non ? Et vous le saviez, bien-sur !

       Depuis les années quatre vingt, dans un soucis de développement touristique de l'ISAN ,on a appelé ce rite très précis et ancestral , ''the rocket festival'', même dans certaines villes de sous district, on ose l'appeler ''the world review rocket festival''. On peut se demander qui a eu l’idée de sortir ces annonces plutôt pompeuses telles que celles-ci, car la plupart des participants à ces réjouissances d'avant mousson ne parlent pas un mot d'anglais, enfin peut-être un mot qui est souvent tel un cri lorsque l'on vous interpelle, on peut vous dire : ''YOU''. J’exagère surement, certains désormais parlent une bricole d'anglais mais cela reste une exception, c'est tellement rare qu'il est alors facile de la souligner.

       On a donc essayé de faire venir les touristes en ISAN et les lieux propices à les faire venir y sont tellement rares que les offices de tourisme thaïlandaise ont essayé d'envoyer quelques touristes vers Yasothon. Cette fête a pourtant lieu presque dans chaque village de l'ISAN.

       Comme à quatre kilomètres de Ban Pangkhan, dans le village de Ban Kwao a donc eu lieu cette grande cérémonie du *BOUN,BANG,FAÏ. C’est donc le nom réel de cette fête et non comme on pourrait le penser Boum Bang Fire, comme pourrait faire les fusées que l'on fait décoller dans le ciel d'avant mousson.

       En effet, si vous y assistez, lors du lancer du projectile cela pourrait faire ''BOUM'' puis ''BANG'' et ''FIRE'' comme ''FEU PARTEZ''.

                                

    [...]

       En fait cette fête qui a lieu pratiquement qu'en ISAN et dans quelques ethnies du nord du pays, sans oublier chez les voisins laotiens, est très ancienne, apparemment datant d'avant l’ère bouddhique. Avant la saison des pluies, la mousson, on implore le ciel de l'abondance de l'eau pour avoir une récolte substantiel. Les fusées et leur rampe de lancement de forme phallique serait donc le symbole de fertilité donc de bonnes récoltes en perspective.

     

       Le symbole de fertilité est aussi omniprésent par la représentation de la vache que l'on remarqua dans la procession.

       Atteindre le ciel avec des fusées ne date que d'après l’époque où la poudre noire a été découverte, bien-sur.

       Le fait d'atteindre le ciel déclencherait la pluie ?

       Plus tard à l’arrivée du bouddhisme, il s'est accaparé cette légende animiste déjà existante, elle s'est alors substitué à l'ancienne croyance.

       Voici cette légende du Bouddha-Crapaud racontée dans un article du journal Gavroche, signée de Nuttakarn Sriledfa :

    ''Yasothon: Des fusées en hommage à Phaya Than

    Dans les provinces du Nord-est de la Thaïlande, un festival de fusées a lieu chaque année la seconde semaine de mai. Il marque le début de la saison des récoltes de riz.

    Avant d’aller trimer dans les rizières, les paysans font, par ce biais, vœu d’eau en abondance durant la saison des pluies. Selon les croyances, le lancement de ces fusées vers le ciel constitue un hommage à Phaya Than, dieu de la pluie. Si le divin est satisfait de l’hommage de ses fidèles terriens, il fera pleuvoir pour faire de la prochaine récolte un succès.

    Il n’y a pas vraiment de preuve exacte de son origine, mais cette tradition semble être issue du conte folklorique « Phadaeng Nang Ai ». Le Bouddha, né crapaud, avait élu domicile sous un grand arbre sans en informer Phaya Than. Le dieu de la pluie, furieux de cette cachotterie, décide alors de ne pas faire pleuvoir une seule goutte d’eau durant sept mois. Beaucoup d’hommes, d’animaux et de végétaux périssent durant la sécheresse. Les survivants décident de se réunir pour demander conseil au Bouddha, toujours crapaud de son état. Après de longues discussions, ils choisissent Phangkhi, le serpent géant, comme chef pour lutter contre Phaya Than. Mais Phaya Than est si puissant que le serpent géant ne parvient pas à le battre. Le Bouddha recommande alors Phaya Dtaw et Phaya Dtan pour mener bataille, en vain. Le crapaud finit par faire appel aux termites, aux scorpions et aux mille-pattes pour venir à bout du dieu récalcitrant. Les termites construisent des terriers jusqu’au ciel afin que scorpions et mille-pattes atteignent Phaya Than et ses armées. Elles se chargent aussi de grignoter les armes en bois, et Phaya Than est enfin vaincu. S’ensuit un accord de paix lors duquel Phaya Than émet trois conditions.

    La première : si les hommes lancent des fusées vers le ciel, il acceptera de faire pleuvoir.

    La deuxième : si la grenouille chante, c’est qu’il a suffisamment arrosé la terre.

    Enfin : s’il entend le moindre bruit d’assaut de flèche, il cessera immédiatement de faire tomber la pluie. C’est donc pour respecter ce contrat que les habitants décorent consciencieusement leurs fusées, dont la tête symbolise celle d’un serpent, premier à s’être frotté à la colère divine.

    C’est dans la ville de Yasothon que le festival est le plus important.''

       Depuis que le bouddhisme a donc récupérer cette tradition et depuis l’avènement de la poudre à canon cette fête se nomme :

    • Boun comme ''tham(faire) boun'' faire l'offrande, obtenir le mérite.

    • Bung est le récipient de l’offrande, traditionnellement en Bambou (désormais les fusées sont faites dans des tubes PVC bleu utilisés comme tuyau de canalisation et

    • Faye, comme feu, partez, le moment ou l'offrande est projetée par le feu vers Bouddha, dans le ciel .

       Pour faire simple c'est aussi désormais la dernière occasion de faire une grosse fête avant le début du dur labeur des champs et là les thaïs ne s'en privent pas. La fête est aussi très très alcoolisée même si les comités organisateurs l'ont banni ces dernières années mais comme toujours, aux alentours dans chaque maison, on improvise des bars éphémères afin de gagner quelques argents. Celui qui va d'ailleurs t'interpeller ''EH YOU'' l'anglophile en herbe, sera par principe très imbibé et sortira de ces buvettes improvisées.

       La fête avait donc lieu le weekend dernier près de chez nous. Le samedi était le moment de la présentation des ''chars-rampes de lancement'', des danseuses et des musiciens.

     

       Autour il y avait bien-sur une petite fête foraine et des stands de petits encas, de babioles en tous genres.

     

       Une fois le défilé terminé, le jury délibèrera le lendemain, la grosse dizaine de fusées accompagnées de leurs naïades et orchestres ambulants s’ébranlèrent pour traverser le village vers le ''petit Kourou'' ou le ''small cap Canaveral'' (c'est comme on veut et pourquoi pas ''le petit Baïkonour'', il n' y a pas de raisons, tant qu'on y est). Les rampes de lancement attendront le lendemain sur le site.

    Les fusées seront alors projetées vers le ciel à raison d'une toutes les demi-heures.

     

     

     Les inconditionnels des paris s'en donneront à cœur-joie. On pariera sur la hauteur atteinte du projectile, de son temps où il est en mouvement et du temps qu'il mettra à retomber! Je peux vous le dire, des milliers de baths sont pariés. Les moins bons ceux dont les fusées seront les moins performantes auront le ''privilège'' de se faire trainer dans la boue et cela dévie très vite, parce que tout le monde est Mao Lèo, c'est à dire totalement bourré . Une gigantesque lutte se déroule alors dans un champ de boue.

                                           En France aussi....                               

    C'est donc le coté ''garçon'' .

    Pour le coté ''fille'', pendant ce temps là, on a eu le droit à un Molam qui était plutôt un spectacle ''humoristique'' (on se moque toujours du Cambodgien plus noir que l'ISSANAIS) ou du Kathoey, le travesti parce qu’il est différent. Un humour plutôt con mais qui a son public.

    Cela me fait penser à cette réflexion de Gabin dans un film dont les dialogues étaient de Audiard, le film étant je crois ''Le pacha'' (si ce n'est pas ça, dites le moi!). Cette réplique est (à quelque chose près) : ''si on avait du mettre les cons en orbites et bien toi tu tournerais encore autour de la terre''. Je ne me rappelle plus à qui il dit cette phrase mythique.

       Alors si on devait mettre cette phrase au goût du jour, celui du lancement des fusées, on pourrait dire par contre qu'il n'y avait vraiment pas assez de fusées pour envoyer en orbite les cons qui ont aussi interrompus le Molam.

                                                                                                                                                                                                           

     

       Une bagarre général (pratiquement à chaque fête désormais) a mis presque un terme aux réjouissances. Le maire est intervenu pour expliquer aux cons que si ils continuaient, ils paieraient alors les charges du spectacle. Ah ah, efficace, lorsqu'il faut payer. On a donc pu envoyer toutes les fusées, douze au total et terminer la représentation qui au bout d'un moment n’intéressa plus personne.

       Tout le monde est rentré à la nuit pour commencer le travail des champs (enfin le lendemain et même si cela a déjà débuter depuis un moment), il faudra labourer, semer, traiter, repiquer etcétéra...Une Mousson de plus s'annonce !

       Il n y a pas eu de blessés graves voire même de mort, liés à l'explosion intempestive d'une fusée mais sachez que cela arrive tous les ans.

       Ce n'est pas arrivé cette année, à Ban Kwao.

       ''Savety first'' ou ISO neuf ou quatorze mille, ou je n'sais quoi, est loin des préoccupations des artisans artificiers. Quand cela se passe mal, cela donne ça (glané sur Google lors d'une fête des fusées à Vientiane, capitale du Laos, il y a quelques années en arrière) :


    "Nos" fusées sont donc montées à des kilomètres dans le ciel d'ISAN.

          


       Tout le monde a participé à sa manière dans l'espoir d'obtenir une belle Mousson qui donnera une belle récolte de riz.

       Avec tout le mal qu'on se donne, M... ! (même moi, Eh!)... Je plaisante ? 

    PAILLE KHEUNDHEU...

    PS: Voici une série de photos de la fête !

           

       

      

      

       

      

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  • Commentaires

    1
    Jipeee Profil de Jipeee
    Mardi 14 Juin 2011 à 17:03
    you ouhhhhh lol!! bon la dimension "fete" a vraiment une dimension si on pense à ces fusées! lol
    de bien belles photos et pour ce qui est des bagarres j'imagine qu'il vaut mieux savoir courir vite!
    bonne semaine Jeff de JP tout seul sans ses multiples hebergeurs arfff!
    2
    Mercredi 15 Juin 2011 à 02:00

    Merci JP.Je suis sur que cela va s'arranger pour la planete Blogswizz,moi j'ai tuojurs autant de mal a me connecter et je ne pense pas que cela s'arrangera de sitot,mais ici il faut patient sinon...A bientot!

    3
    quitedira
    Lundi 11 Juin 2012 à 01:18

    eh oui... ce sont tes photos de la fête 2012 qui m'ont conduites jusqu'ici, comme quoi il n'est jamais trop tard pour acquérir les connaissances des traditions... La petite québéquoise te remercie d'élargir ses horizons...

    4
    Lundi 11 Juin 2012 à 02:19

    J'en suis ravi "QTD", alors ? ! Jeff

     

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